1. Peau de serpent

     

     C'est étrange, les métamorphoses qui opèrent en nous.
    Autrefois j'étais une forme indistincte, sombre et recluse. J'évitais tout ce qui pouvait nuire à ma bulle. Pourtant je n'en avais nullement conscience, je rigolais à tout va, j'étais, paradoxalement, incroyablement amicale, gaie. Mais en même temps, une ombre planait inlassablement sur mon sourire, dans mes yeux. Je pouvais rire aux éclats puis m'abandonner à la mélancolie deux minutes après.

    Etrange personnage ...
    On se cache, on s'invente des mondes, on s'invente soi-même. On se crée, se déchire, se gribouille, se froisse, se gomme, et on recommence. Jusqu'à ce que l'on décide que ce que l'on a sous les yeux n'est pas si mal que ça.
    Je me suis souvent demandée quels chemins tortilleux j'ai pris tout au long de ces années pour arriver à ce résultat. Je me remémore la petite fille que j'étais, puis l'adolescente, la jeune femme ... parfois ça fait mal, lorsque l'on sait que l'on a perdu une occasion pour toujours de faire quelque chose. C'est du passé, c'est fini, c'est ailleurs. Et cet ailleurs, jamais plus je ne le vivrai, jamais plus je ne pourrai me remémorer exactement les parfums, les sentiments, les sensations. Elles viendront me taquiner quelques fois, et lorsque je croirai enfin les tenir, elle s'échapperont aussi vite qu'elles sont venues, glissantes, malicieuses, perverses.

    Je me demande si ces chemins menaient tous au même but, si je les ais suivis en sachant où ils me conduiraient finalement, ou si j'en ai pris plusieurs, au hasard de mes humeurs, pour arriver sur celui-ci.
    Sur celui-ci justement j'y suis bien, je n'ai pas peur de rencontrer le gros chat aux rayures et au sourire carnassier, m'épiant sur une branche, apparaissant et disparaissant comme un fantôme. M'embrouillant l'esprit de pensées sordides, embrumées, qui m'égareraient à nouveau.
    Ce bon gros chat est derrière moi à trainer la patte et à suer tandis que je marche d'un pas léger et régulier.
    Sur le chemin, il ne trouvera que ma dernière peau de serpent ...

     

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